Cette expérience était d'une ampleur mondiale. Elle dépassait les frontières. Elle mettait en ½uvre la mobilisation et la participation de millions de personnes. Tous étaient concernés. Tous avaient été mis au courant. Tous ... sauf un. Et c'est là que résidait la réussite de l'expérience. Arriver à lui faire croire, à lui faire gober ce mensonge gros comme le monde. Et si l'on y parvenait, le pari serait remporté haut la main. Jamais une entreprise d'une telle ampleur fut imaginée. Et maintenant, aujourd'hui, le monde, son monde allait changer du tout au tout. La blague du siècle, comme certains disaient.
Il se réveilla à 14H00 passé. Comme d'habitude. Il s'étira dans son lit et laissa échapper un long bâillement. C'est que cette nuit lui fut bénéfique et réparatrice. Hier soir, il s'était couché, épuisé. Le cumul des concerts, des soirées, interviews et photo shoots avaient pris raisons sur son corps frêle et élancé. Il lui faudrait plus d'une nuit pour récupérer, bien sûr, mais il se sentait de nouveau d'attaque pour cette journée qui promettait, comme toutes les autres, d'être chargée. Il ne savait pas encore à quel point, elle serait éprouvante, cette journée.
Il voulut se diriger vers la salle de bain de la suite, lorsqu'il se rendit compte qu'il était dans sa chambre. Pas dans une chambre d'hôtel. Non... mais bien sa chambre personnelle. Sa chambre d'adolescent. Cela faisait longtemps qu'il n'y dormait plus. Il avait, avec son frère jumeau, un appartement et rarement ils revenaient à la maison de leurs parents. Et ils n'y dormaient que lorsque la soirée était fort avancée et Tom bien trop épuisé pour prendre la route.
C'est à ce moment alors que Bill se posa la première question de sa longue journée. Pourquoi était-il dans sa chambre ? Vint ensuite la seconde : Quand était-il arrivé chez lui ? Et ainsi de suite. Toute sortes de questions trottèrent dans sa tête. Et puis... qui avait refait la décoration dans sa chambre ? Il y a des années qu'elle n'était plus ainsi.
Il décida qu'une douche lui fera le plus grand bien. Il ne s'était pas trompé. La douche l'apaisa et lui rafraîchît la mémoire plus clairement. Il se souvint alors, qu'hier il se trouvait à Berlin avec le groupe. La soirée avait été arrosée, mais Bill se souvint avoir exprimé à son frère le désir de retourner chez eux quelques temps. Tom lui avait répondu bien sérieusement de ne pas s'en faire, que bientôt, plus vite qu'il ne pouvait l'espérer, ils seraient chez eux. Comme avant. Bill n'avait pas compris, et n'avait pas cherché à comprendre vu son état bien éméché.
Sa douche terminée, Bill sortit de la salle de bain, retourna dans sa chambre et voulut s'habiller. Mais où était passée sa valise de bijoux ? Il ne s'habillait qu'en fonction des bijoux qu'il avait choisis... Ne voulant pas s'énerver de si grand matin –rappelons le, il est sans doute 14H30 mais voilà que ce n'est que le matin pour celui qui se réveille à cette heure là- Bill décida de laisser tomber pour aujourd'hui les bijoux. Sans doute avait-il laissé sa valise dans le hall d'entrée. A nouveau, il se posa la question du quand avait-il bien pu prendre ses valises pour revenir à la maison....
Il ouvrit son armoire pour choisir sa tenue et faillit crier de stupeur. Où étaient donc passés ses vêtements ? Ce qu'il y avait dans cette armoire n'était pas ses vêtements. C'était des habits qui l'horrifiaient. Tout son contraire. Pas une once de goût pour la mode. Où avait-il laissé sa valise ? En bas elle aussi ? Avec sa valise de maquillage et accessoires ? Décidemment, quelle tête en l'air ! Il farfouilla dans son armoire à la recherche de vêtements potables et portables. Avait-il mis un jour toutes ces horreurs ? D'ailleurs, elles étaient à sa taille. Bien qu'il ait bien grandi depuis la dernière fois où il avait ouvert son armoire ici. Trop de questions...
Il lui faut son café. Bill ne sait pas réfléchir correctement le matin sans sa tasse de café. Qui donc sur terre est de parfaite composition et l'esprit clair aux petites heures suivants l'heure du réveil ?
Arrivé en bas, il ne vit pas ses valises. Bien, il les cherchera après sa tasse fumante de café.
Il fit son entrée dans la cuisine et vit sa mère en train de récurer la cuisinière. Elle cessa son activité dès l'arrivée de Bill et vint lui ébouriffer les cheveux en guise de bonjour.
-Hé bien Billou... Tu nous as fait une belle grasse matinée là !! Tu veux une tasse de café ou voudrais-tu manger le dîner ?
-Heu... un café s'il te plait maman...
Il regarda sa mère perplexe. N'était-elle pas étonnée ou simplement réjouie et donc extrêmement excitée de revoir ses enfants à la maison ? D'habitude, quand Tom et Bill revenaient à la maison, parfois pour une simple visite de courtoisie, Simone ne pouvait s'empêcher de serrer très fort ses enfants contre elle et ne les lâcher que lorsqu'ils commençaient à changer légèrement de couleur...
Et là... rien. Une question banale, que l'on poserait à son fils normalement, car habituée à ses longues nuits.
Bill prit place à table et laissa vagabonder son regard dans la cuisine.
-Il est où Tom, m'man ?
Simone revint avec une tasse de café en main et quelques biscuits qu'elle avait elle-même préparés.
-Il est allé jouer sur le terrain de basket avec Andréas, répondit-elle simplement.
Bill faillit s'étouffer avec le café brûlant. Tom ? Terrain de basket ? Mais surtout...
-Andréas ? Oh ! Pourquoi on ne m'a pas réveillé !! J'ai pleins de choses à lui dire ! Ca fait longtemps qu'on ne s'est pas vu ! Et...
-Bill, voyons, vous vous êtes vus hier. Tu ne vas pas me dire que tu lui racontes tes rêves comme une jeune fille en pâmoison ? Et puis, il viendra pour le 16 heures avec Tom. Comme toujours.
Hier ? Hier ? Il n'était pas à Berlin hier ? Aurait-il dû voir Andréas hier ? Andréas serait-il venu à la soirée ? Bill aurait-il raté son meilleur ami de si près ? Non... il ne pensait pas. Et puis... comme toujours ? Cela faisait des années que Tom ne jouait plus au basket avec Andréas et qu'ils revenaient tous deux transpirants et affamés à 16h...
Bill avait le regard vague, perdu et sa mère le remarqua.
-Bill ? Ca va mon chéri ? Tu as l'air... déboussolé.
Elle avait l'air que les mères préoccupées abordent pour parler à leur enfant perturbé.
Bill ne voulait pas alarmer sa mère. Et puis, il ne voulait pas gâcher le sourire de sa mère.
-Je... Je dois voir Tom. Maintenant maman !
-Et alors Bill ? Tu n'as qu'à te rendre sur le terrain de jeu.
Bill ne répondit rien, sa bouche s'ouvrit en un O bien rond et ses yeux s'agrandirent sous la surprise de ce que venait dire sa mère.
-Tu veux sans doute que je t'y accompagne Bill ? Je suis sûre que cela fera rire tous tes amis ça, mais ça ne plairait pas à ton frère de voir votre vieille mère débarquer sur le terrain, si tu vois ce que je veux dire.
Avait-elle donc oublier que ses enfants étaient des stars ? Que Bill ne pouvait sortir sans sécurité au risque de se faire écraser par une foule de filles ? Sans oublier les groupies... Et puis... comment Tom était-il sorti d'ailleurs ? Et depuis quand les jumeaux avaient-ils des amis ? Ils n'avaient qu'Andréas...
-Je ... je peux sortir ? Demanda-t-il réellement troublé. Enfin je veux dire... je ne risque rien si je sors ?
C'était à sa mère de le regarder avec de gros yeux.
-Si tu regardes bien à gauche et à droite avant de traverser, que tu fais attention à ne pas glisser sur une peau de banane qui joncherait le sol, je ne vois pas ce qui pourrait t'arriver, Bill.
Bill jugea la situation. Puisqu'il avait atterrit chez lui du jour au lendemain, sans doute, n'y aurait-il personne dans la rue pour l'embêter. Et puis il était primordial à cet instant de parler à son frère. Histoire qu'il le rassure un peu. La journée était bien trop bizarre.
-Ok. Je vais sortir. Heu... Hésita-t-il dans le hall d'entrée.
-N'oublies pas ta veste et tes clés, Bill.
Normal. Normal. Pas de mise en alerte du genre ' Et cours très vite si jamais tu es envahi de groupies' ? C'est ... pas normal. C'est une situation... dont il n'était plus habitué.
Enfin, Bill sortit. Il scruta à plusieurs reprises les environs. On aurait dit un fugitif qui cherchait à s'enfuir sans se faire voir. Mais il n'était qu'un adolescent –majeur, certes – un adolescent qui allait se rendre sur un terrain de basket. Comme n'importe qui d'autre le ferait pour rejoindre son frère jumeau et ses amis.
Bill se mit en marche. Son regard scannait la rue entière. Il sursauta lorsqu'un passant le dépassa. Le passant le regarda étrangement avant de détourner simplement la tête. Depuis quand il n'attisait plus la curiosité des gens ?
Bill se souvenait très bien du terrain de basket. C'était un des lieux qu'il évitait précautionneusement avec son frère. Les grands méchants du collège les attendaient parfois là. Pour leur faire passer un mauvais quart d'heure. Enfin... C'était à Bill qu'ils s'en prenaient. Et c'était Tom qui venait délivrer son p'tit frère. Bill avait honte d'être faible. Mais fier d'avoir le meilleur grand frère que l'on puisse avoir.
Bill arriva enfin sur le terrain. Il vit son frère jouer avec leur meilleur ami, reconnaissable à sa chevelure blonde, et d'autres gars du quartier. Bill ne se souvenait pas d'avoir un jour fréquenté ces gens-là.
Bill pensait que Tom le soulagerait, mais en fait, l'attitude de Tom le troublait un peu. Tom avait l'air à l'aise. Comme si il avait grandit ici, dans ce quartier, et non pas sur scène, devant les caméras, micros et objectifs.
-Hey Bill !! Tu joues une partie ? 3 contre 3 ?
Bill fixa celui qui venait de lui adresser la parole. Il ne le connaissait pas. Il chercha alors dans sa mémoire un visage familier... mais rien ne vint.
-Hey Bill ! Ca ne va pas vieux ? Lui demanda un autre.
Bill se mit à paniquer.
-Tom... Tom... Viens un peu s'il te plait.
Sa voix se fit fluette. Et Tom, comme un grand frère protecteur, accourut tout de suite auprès de son frère.
-Qu'est ce qu'il y a Bill ? Murmura-t-il.
-Tom... C'est une blague ? Dis-moi... tout ça... c'est un rêve ?
-De quoi tu parles Bill ?
Tom était on ne peut plus sérieux. Et Bill complètement perdu.
-Tom... Ce n'est pas drôle. Je ne sais pas ce qui vous arrive à tous. Je ne sais pas pourquoi on est rentré. Mais on ne devrait pas être là. On a des interviews...
-Des interviews ? Bill ? Tu te prends pour qui ? C'est le week-end là. T'as trop bosser, moi je dis ! Tu attrapes la bosse des maths, et tu perds la boule. Des interviews !! On n'est pas des stars Bill. On est dans la vraie vie, là !
-Hein ? On... quoi ? Et Tokio Hotel alors ?
-Quoi Tokio ? Pourquoi tu me parles d'un hôtel au Japon p'tit frère ? C'est plus grave que je ne le pensais là...
-Tom... Je... comprends rien.
-Moi c'est toi que je ne comprends pas là.
Bill se prit une grosse gifle mentale. Depuis quand lui et son frère n'étaient plus sur la même longueur d'onde ?
-C'est qui ces gars-là Tom ?
-Attends, ne me dis pas que tu ne reconnais pas tes amis quand même ?
-Je... Andréas est notre meilleur ami.
-Bien. Et les autres aussi. Là c'est Mark, Peter et Mathias. Allez, je suis gentil, je ne vais pas leur dire que tu as oublié leurs noms. Tu risquerais de les vexer.
-Alors, Bill, tu la joues cette partie oui ou non ? Demanda le dénommé Mathias.
Bill regarda le terrain, regarda Mathias, regarda le terrain et enfin regarda Tom. Les larmes menaçaient de couler d'un instant à l'autre. Tom le sentit et voulut rassurer Bill.
- Hé... ce n'est rien, ne t'en fais pas, Bill.
Bill commençait à voir trouble. Il valait mieux pour lui de rentrer chez lui.
-Je... je rentre, Tom. Le monde tourne plus rond. J'ne sais pas ce qui s'est passé cette nuit. Je vais rentrer, et je vais me réveiller. Je me réveillerai dans la suite du Ritz. J'irai te réveiller, et on ira ensemble avec Gustav et Georg en voiture au studio de Viva pour enregistrer...
-Bill ! Gustav et Georg... on ne les a plus vu depuis qu'on a 14 ans, Bill ! Ca c'est mal fini. Très mal. Et... si tu ne t'en souviens pas... je ne veux pas te rappeler ce souvenir.
-Qu'est ce qui est arrivé aux G's ?
-Bill. Rentre. Rentre à la maison. Préviens maman que je ne tarderai pas. Ca va aller Bill. Je suis là.
Bill retrouva là son grand frère. Et heureusement qu'il était toujours là lui. Son monde s'écroulait, s'émiettait, la seule chose qui le retenait encore, son attache était Tom. Une chose dont il ne pouvait douter. Son jumeau. Et pourtant...
Bill se retourna et sans un regard en arrière, il prit le chemin du retour.
Comme si sa mère avait vu le coup venir, elle ne vint pas l'accueillir dans le hall. Elle laissa Bill enlever sa veste sans un mot. Elle le laissa rejoindre sa chambre. Il avait besoin d'être seul. Mais aussi de réconfort. De savoir qu'il n'était pas devenu complètement fou.
Simone, elle, serrait dans sa main une feuille de papier. Sur cette feuille de papier était indiqué à la minute près ce qu'elle devait faire ou dire. Il était marqué l'emplacement des caméras – car l'expérience était filmée et ferait l'½uvre d'une télé-réalité plus tard – et il était surtout marqué en caractère gras et rouge : Le laisser désillusionner.
Simone se sentit coupable. Coupable de prendre partie dans cette mascarade. Mais il fallait l'avouer, l'idée était simplement originale et révolutionnaire. Et maintenant que la machine était lancée, qu'elle avait signé un contrat, plus rien ne pouvait arrêter l'expérience. Même pas les instincts d'une mère. Ni ceux d'un frère jumeau protecteur.
Dans sa chambre, Bill commençait à désillusionner. Il ne comprenait plus rien. Et si tout n'était qu'un rêve ? Non ce n'est pas possible... Il doit forcément y avoir une faille quelque part. Le monde est faux. Le monde d'aujourd'hui n'est plus le même que celui d'hier. Que celui que Bill a connu. Et aimé. Malgré les hauts et les bas, parfois.
Bill entreprit alors de faire des recherches. Tiens... il est passé où son portable ? Où sont donc passés ses effets personnels ? Tout ce qui aurait pu prouver à Bill qu'il fut un jour Bill Kaulitz le chanteur de Tokio Hotel avait disparu. Un hôtel au Japon. Quelle mauvaise blague son frère avait bien pu lui sortir. C'est le genre d'argument qui le foutait hors de lui.
Donc, Bill n'avait plus son PC portable. Le lieu où il stockait ses textes, des idées, des photos aussi. Ses manuscrits ? Il ne les avait pas non plus. Ils sont dans un sac, mais ce sac, comme ses valises et le reste ne sont pas dans cette maison.
-Maman ?? !!! Cria Bill depuis sa chambre.
-Oui, Bill ?
-Je peux aller sur internet ? Il se trouvait bien bête de demander la permission, lui qui n'avait plus rien à demander à personne...
-Bien sûr Bill. Et elle rajouta comme si elle se doutait qu'il ne savait pas où se trouvait l'ordinateur de la maison : Dans le bureau de Gordon. A côté de la chambre de Tom.
Bill remercia mentalement sa mère. Il ne voyait pas de raison de douter de sa mère. Après tout, pourquoi elle, sa mère, sa propre génétrice, irait lui mentir ?
Bill alluma l'ordinateur. Tiens, ce n'est plus le vieux ordinateur qui mettait une nuit à s'allumer. C'est un ordinateur portable. Beaucoup plus pratique pour travailler. Il alla sur son moteur de recherche favori et tapa : 'Tokio Hotel'. Il eut à peine le temps de se poser des questions que des annonces d'hôtels et de vols pour Tokyo apparurent.
Bill eut l'estomac qui se retourna. Mauvais départ sûrement. Il tapa alors dans le moteur : 'Tokio Hotel Bill Kaulitz'.... Rien. 'Bill Kaulitz > Image.'... Et rien. Si ce n'est une photo d'autruche. Et de vieux bonhommes ayant le bonheur de s'appeler Bill eux aussi.
Bill s'affaissa sur le siège. Etait-il possible qu'il ait rêvé tout ça ? Peut-on rêver une vie de 6 ans ? Rêver tous les jours de ces 6 ans en une nuit ? Ou alors peut-on être amnésique et continuer à vivre à côté ? Ici, personne n'a l'air de remarquer que quelque chose a changé. Lui seul s'est rendu compte. Lui seul s'est réveillé dans un monde qu'il croyait avoir abandonné. Ou est-ce le monde qui l'abandonne ?
Bill approfondit ses recherches, en tapant comme recherche tous les noms des personnes avec qui il avait travaillé, collaboré. Et rien. David Jost, leur manager, le manager de Tokio Hotel était manager d'un autre groupe célèbre partout 'The guinea pig' Mais pas un mot, pas une trace de Tokio Hotel. Bill abandonna là les recherches sur le net. Rien n'avait donné. Aucun blog, aucun forum, aucun article, rien ne mentionnait son existence à lui et au groupe. Un vide immense. -Un succès énorme pour l'expérience.-
Peut-être dans une revue ? Il se mit à la quête de toutes les revues de la maison. Il passa de la revue hebdomadaire, à la revue scientifique jusqu'aux revues spéciales recettes faciles.
Bill s'effondra alors sur son lit. C'était la seule chose concrète qui lui restait. Il était arrivé par malheur sur ce lit, ce matin. Il a dû se réveiller un peu trop tôt. Le monde n'a pas eu le temps de se remettre en route. Peut-être que s'il s'endormait, au réveil, le monde aura repris sa rotation normale. Ici, c'est comme si Bill avait atterri dans une autre dimension. Le genre de vie qu'il aurait eu sans le groupe Devilish et sans la montée fulgurante de Tokio Hotel.
Bill ferma fort les yeux, crispa ses doigts aux draps et attendit que le sommeil l'emmène vers la normalité. Sa normalité.
Mais rien ne vint. A part les larmes. Il se mit à pleurer. D'abord, il voulut taire ses larmes et ses geignements. Il était stupide. Fou pas vrai ? Ensuite, il ne sut plus se retenir. Les sanglots se firent plus convulsifs et bientôt Bill n'était plus qu'une chose tremblante et mouillée.
Le temps passa sans qu'il s'en rende compte, sans que ses larmes ne sèchent. Sans que quelque chose puisse l'apaiser.
Il sentit un poids s'affaisser au bout de son lit. Il ne releva pas la tête. Il ne cessa pas non plus ses pleurs. Mais rien qu'à l'odeur, il avait su qui était rentré. Au moins une chose dont il était certain. Où qu'il soit, il reconnaîtrait l'odeur de son frère entre mille. C'était son arôme préféré. Mais il se le gardait bien de le dire. Une caresse sur son dos tenta de l'apaiser.
-Shht. Bill. Je suis là.
Je suis là. Un titre d'une de ses chansons. Enfin... une de celles qu'il croyait avoir écrite un jour. Dans son autre monde.
Doucement, Bill se releva et alla se jeter dans les bras de son frère. Tom bascula un peu sur le coup mais resserra l'étreinte sur le corps mince de son double.
Plusieurs minutes passèrent ainsi. Et Bill aurait sans doute voulu que le monde s'arrête là. Peu importe quel monde. Le sien; l'imaginaire. Ou celui-ci; l'apparence réelle. Du moment qu'il était avec son frère. Rien d'autre ne comptait.
-Dis, Tom... Je suis quoi alors ?
Tom considéra la question de Bill avant de répondre.
-Tu es Bill Kaulitz, 19 ans. Mon frère. L'audace et la liberté que je ne suis pas.
-Non, Tom. Ca, je le sais. Enfin... Mais, je veux dire, dans la vie. Je fais quoi ? Ne me regardes pas, je t'en prie. Tu verrais un fou à la place de ton frère, mais guide-moi. Guide-moi sur ce chemin que j'ai perdu.
-Tu es un garçon très intelligent. Tu es entré dans une école de stylisme. Et en même temps, tu prends des cours d'économie pour pouvoir gérer ta propre affaire après. Tu as toujours été très entreprenant, et tu réussis tout ce que tu touches. Tu...
-Alors pourquoi j'ai raté cette vie ?
Tom déglutit difficilement.
-Tu n'as rien raté. Tu trouves ta vie ratée ? Bon sang, ouvre les yeux Bill. Tu as tout ce dont tu as toujours rêvé. Une famille qui t'aime. Des amis. Un avenir. Tu fais ce que tu aimes, Bill ! Tu crées tes propres vêtements ! Et puis... merci, tu prétends que je suis un échec. Ta vie est ratée selon toi. Moi, c'est toi ma vie. Alors... si moi je suis la tienne, désolée de m'être raté en cours de route, Billou.
-Non Tom ! Merci d'être là. Mais... tu ne penses pas que notre vie aurait pu être autre ?
Tu ne penses pas... qu'on aurait pu être célèbre un jour ? Parcourir les scènes de l'Europe entière ? Et conquérir l'Amérique ? Tom, tu te rends compte que... enfin... imagine toi plutôt. Toi, moi, Gustav et Georg, des stars. Dans le monde entier !! Je nous ai vu, Tom. Je sais que notre place n'est pas ici. J'suis pas narcissique, juste un peu réaliste, c'est pas notre vie ça Tom. On ne devrait pas être ici. On devrait être à Berlin. Puis partir pour Paris. Pour d'autres interviews et shootings. Tom... est-ce que j'ai perdu la tête ? Pourquoi rien ne semble avoir changé ici ? Seulement moi ? J'ai l'impression de débarquer sur la planète Mars.
Personne ne crie quand on sort. Personne ne me regarde. Personne... Tom... J'ai l'impression... de n'être rien. De ne rien avoir à faire ici. Ca ne peut pas être une amnésie...Tom ne dit rien pendant plusieurs minutes. Il serra les poings.
-Bill... Maman avait raison. Ton cas s'est aggravé. Depuis quelques temps, tu nous fais une dépression. J'ai toujours cru que tu t'en sortirais... mais là... tu t'enfonces. Tu ne peux pas juste te contenter de vivre l'instant présent ? Maintenant ? Et oublier toutes tes illusions ?
-Vivre l'instant présent ? Vivre la seconde ?
Encore un de ses titres.
Tom était vraiment un bon acteur. Aussi dur que cela était pour lui de dire de tels mots à son frère, son protégé, il y parvenait Et Bill était déboussolé. Et gobait tout ce qu'on lui jetait à la figure.
-Bill, arrête de vivre dans ton monde à toi. Tu t'es crée un monde unique. Un monde qui te plaisait. Qui te convenait. Mais regarde ici, putain. On est avec Maman, on a des amis. Tu ne peux pas te vanter de toujours en avoir eu. Alors, arrête, tu veux. J'ai du mal à te suivre dans tes chutes.
Bill hocha de la tête. Il faisait du mal à son frère – du moins c'est ce qu'il croyait –. Il se promit intérieurement de ne plus jamais faire de mal à son frère. Mais cela, personne, ni les caméras, ni les scripts, ni les dirigeants de l'expérience ne l'avait prévu.
-Pardon, Tomi. Promis. Je vais arrêter.
Tom, décontenancé, et troublé par ses propres dires – mais néanmoins pas voulus, il ne choisissait pas ses mots, il suivait le script, comme tout le monde – serra un peu plus fort son frère contre lui. Il murmura alors dans son oreille :
-Je crois en toi.
Ce n'était pas dans le script. Mais peut-être que personne d'autre que Bill ne l'avait entendu. Cela ne faisait pas partie du jeu.
Mais Bill avait fermé son esprit. Il s'était résolu à tout arrêter. Cela non plus, ne faisait pas partie du script.
A vouloir changer une vie. A vouloir tester, mettre à l'épreuve une vie, on peut la perdre.
Tout avait été calculé. Tout. Une annonce a été lancée un jour à tous les internautes
« Participer à la plus grande expérience humaine jamais réalisée. Ayez un rôle dans ce monde. Faites de sa vie pleine de strass et de paillettes, une vie un peu plus terre à terre. Suivez jour après jour les pas d'une star dans la peau d'un adolescent normal qui n'a rien pour se vanter. » Telle était l'accroche. Ensuite, on prévint la population mondiale qu'un système informatique allait pirater le net le temps nécessaire à l'expérience. Que plus rien ne fonctionnerait normalement. Toutes les informations touchant de près ou de loin au domaine de Tokio Hotel disparaîtraient un moment de la circulation. Les chaînes de télévision n'en parleraient plus non plus. Tout serait contrôlé par l'organisation en charge de l'expérience.
La maison Kaulitz fut fouillée de fond en comble, tous les articles ou souvenirs du passé de Devilish et de Tokio Hotel mis sous clef dans une banque spécialement réquisitionnée à cet effet. La maison et le quartier de Bill furent truffés de mouchards et de caméras. Tout devait être mis en ½uvre pour épier la moindre de ses réactions – cela ne fut hélas pas suffisant –.
Il fut aisé de le transporter de Berlin à Magdebourg sans le réveiller. Une grosse fatigue et un médicament promettant un sommeil de mort. Tout fut préparé à l'avance. Tout était parfaitement calculé.
Les scripts, manuscrits furent écrits, rédigés et contrôlés. Tout devait créer l'illusion.
Le but : le désillusionner. Lui faire voir une autre vie. Bien sûr, ce ne fut pas toujours facile. Il y avait cette crainte permanente que quelqu'un lâche le morceau. Et là, l'affaire s'écroulerait. Mais tous les acteurs respectèrent leurs lignes, leurs rôles parfaitement. Peut-être, l'expérience était trop parfaite, trop bien pensée, trop bien calculée... et personne n'avait pas vu le coup de grâce s'annoncer. Peut-être avait-elle surestimée la force d'esprit qu'avait Bill. Peut-être aurait-elle dû assurer ses arrières, et ne pas aller si loin dans l'expérience. Mais une fois qu'on a pris goût au pouvoir, au délice de tout diriger et contrôler, on en perd le contrôle.
Et le geste fut inattendu. Personne ne savait à quoi s'attendre. C'était une grande première.
Mais vous, que feriez-vous en atterrissant dans un monde où l'on nie votre existence ? Où l'on vous fait passer pour fou. Où l'on vous dénigre, ridiculise. Vous deviendrez fous, vous aussi. Jusqu'à commettre l'acte irréparable. Atteindre la case où le retour en arrière n'est désormais plus possible.
Le cobaye, guinea pig en anglais, il ne survit pas à toutes les expériences. Il y en a qui lui portent préjudice, d'autres qui le tuent. Le cobaye ne s'en sort jamais comme avant.
Bill s'est donné la mort d'une façon tragique. Il a mis fin à sa vie. Sa vraie vie. La vie qu'il aurait pu continué par après. Il a mis fin à la vie de toute une génération. C'est à croire que lui aussi avec tout calculé.
Le lieu du crime : la salle de bain. Seule pièce qui ne contenait aucun mouchard ou caméra. Respect de la vie privée et intimité oblige...
Seule pièce également à disposer d'une clé. Qui ne se ferme et ne s'ouvre que de l'intérieur.
Seule pièce qui lui a offert son échappatoire. Même son frère jumeau – magnifique acteur – a réussi à le tromper.
Nous savons de source sûre que ce fût un acte délibéré et de désespoir. Bill Kaulitz, 19 ans, a cessé de respirer et de faire battre son c½ur en noyant ses poumons. Bill s'est en effet noyé. Il fût retrouvé habillé dans la baignoire. Il était trop tard. Tout avait été calculé. Tout. Mais c'était négligé sa personnalité et sensibilité.
Ce fut le coup de grâce qui mit fin à l'expérience.
Les conclusions que l'on peut en tirer ? Ne jouer pas avec la vie. Jamais. Le fil de la vie est trop précieux et fragile.
A jouer des sentiments, à tourner en bourrique les gens, on finit par perdre.
L'humanité, se prêtant au jeu, vient de se rendre coupable d'une perte énorme. Star ou pas, pauvre ou riche, savant ou moins savant, nous sommes tous égaux face à la mort. Personne ne survit. Mais chacun a le droit de vivre. Comme il le sent.
N'imposez de vie à personne .N'enlevez ce droit à personne. Même pas pour seulement tester, jouer. N'oubliez pas que dans la vie comme dans le jeu, il y a toujours un perdant. Ce perdant aurait bien pu être vous.
Hello =)
Comme chaque fin... je n'aime pas x(
C'est mal fini. Mal ficelé. J'arrive pas... à écrire ce que je voulais dire.
J'espère quand même, que ça vous a plu un p'tit peu ?
J'ai fini ma session d'examen là. J'ai une semaine de vacances. Je n'ai pas vraiment le temps d'écrire... Mais promis... je me mets au travail dès que je peux.=)
Bzou bzou à toutes et merci.

