Mes rêves se brisent lorsqu'il se réveille :
-Qu'est ce que tu fous encore là !? Allez dégage !
Depuis, tous les soirs, il vient soit dans ma chambre, soit il me fait venir dans la sienne. Et il fait ce qu'il a envie de faire. Je me laisse faire. C'est peut-être une coutume allemande... Non ! Sûrement pas... mais j'ai pas la force de refuser, et puis... je l'aime. Alors si ça peut lui faire plaisir ; je n'ai rien contre ça.
Ce manège dure depuis plusieurs mois avec Bill. Un soir, Tom me fait des avances. Il me propose de monter dans sa chambre. Je ne me sens pas bien, mais je le suis. Son sourire coquin me fait tout de suite deviner ses intentions. Je le suis quand même. J'ai besoin de vivre autre chose.
Je n'utiliserai que quelques mots pour décrire cette nuit-là ! Fantasme. Ascenseur. Epoustouflant. Orgasmique. Ouaw!. Sex. Tom. Ca résume le tout.
Georg a par la suite lui aussi demandé à avoir affaire à moi. Comme quoi, je deviens vite une chose. Au point où j'en suis... un de plus, un de moins... Tous les mêmes !
Avec Gustav, j'ai déjà détaillé notre relation. Il essaye de me faire comprendre que je peux dire non, d'arrêter là, de ne pas supporter cette situation. Mais j'ai besoin d'avoir ces contacts avec Bill. J'ai besoin de le sentir sur moi. J'ai besoin de le sentir contre moi, et en moi. J'ai besoin de sentir son odeur. J'ai besoin de lui alors qu' il me fait tant souffrir.
Ma vie est loin d'être passionnante et encore moins brillante depuis un peu moins d'un an.
Que dirais-je plus tard à mes enfants, lorsqu'ils me demanderont qu'à fait maman quand elle était jeune ? Mais aurais-je des enfants ? Telle est la question ! Dites-moi que cette situation va bientôt prendre fin...
-Laure, il faut qu'on parle !
Je hais cette phrase ! Et le ton de sa voix ! Sa voix est brisée, sèche. J'entends même un peu de désespoir... Est-ce possible ? Ca a l'air sérieux ! Il m'a appelé de mon vrai prénom... De plus, c'est la première fois qu'il m'adresse la parole sans connotation sexuelle ou pensée perverse.
-Oui, Bill, dis-je pour l'encourager à continuer.
Il m'évite du regard. Il plonge ses yeux sur ses maigres doigts. Il s'est rongé les ongles ; il doit être terriblement nerveux !
-Je crois que ... je crois qu'il faudrait qu'on se sépare. Je sais, on n'est pas ensemble, dit-il précipitamment en voyant que j'allais protester, mais je veux dire, qu'il serait mieux pour tout le monde si tu partais quelque temps. Tu vois, ailleurs, loin de nous pour quelques temps seulement. Ca me permettrait ainsi qu'à Tom, Georg et Gustav de faire le point. De voir où nous en sommes. De savoir qui nous sommes et vers où nous allons. De nous retrouver à 4... C'est pour ton bien aussi. Tu pourrais te reposer, reprendre un peu de forces. Tu as l'air si affaiblie ces derniers jours. Euh...Hum ... et puis tu pourrais revoir tes parents, tes amis. Je ne sais pas, tu dois leur manquer...
Tous ces mots ! Ca me fait l'effet d'une bombe ! Je suis dévastée. Je crois que je préférais le mutisme de Bill. Bref il me dit poliment de dégager. Qu'ils n'ont plus besoin de moi ! Qu'il n'a plus envie de moi en tout cas ! Il a sûrement trouvé mieux que moi. De la chaire fraîche. Il le dit lui-même, je suis faible. Il y a de quoi non ? Ils m'ont épuisé physiquement et lui il m'a épuisé moralement.
Et puis c'est nouveau ça ! Monsieur sait mieux que moi-même ce qu'il me faut !
Revoir ma famille et mes amis que j'ai lâchement abandonnés du jour au lendemain ! Sans jamais ne donner de mes nouvelles. Bien sûr! Ils vont m'accueillir à bras ouverts ! Et quoi ? Il va me laisser seule ? Je ne sais même pas où je suis là. Je n'ai pas un sou en poche. Ca y est c'est fini ! Je pars comme je suis arrivée. Sans préavis.
Il a du lire dans mes yeux tout ce qu'il se passait dans mon esprit.
-Ne t'inquiètes pas Lau'. Je déglutis, de quel droit ose-t-il me parler ainsi ? Comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes.
Il hésite à continuer. Il hésite à me prendre dans ses bras. Je recule. Il ne tente rien.
-Tu n'auras rien à payer.
- Et même, avec quel argent j'aurai pu payer ? Je me fais violence pour ne pas dévoiler mon incompréhension et ma tristesse.
-C'est dans un petit chalet, à la lisière d'une forêt. Tu y seras tranquille.
-Parle pour toi !
-Laure...
-Depuis quand tu me parles d'égal à égal et depuis quand suis-je redevenue Laure et non plus Penny' ??
-C'est justement pour ça que je te propose de partir. Pour que chacun puisse se retrouver. Calmer les esprits.
-Les ardeurs aussi !
- On ne va pas s'en sortir !
-Fallait peut-être pas commencer !
- Je ...
-Je pars quand ?
Cette conversation aussi mini soit-elle me faisait tourner la tête. Pourquoi voulait-il d'un coup se débarrasser de moi ? Je n'ai plus qu'une chose à faire : partir. C'est son souhait, je lui obéis. C'est comme ça, il décide, et comme d'habitude je me plie à ses volontés.

