Qu'est ce que j'avais dis ? Qu'on arriverait en retard pour son interview. Bon, moi, on s'enfout, personne ne prête attention à moi, mais l'arrivée tardive de Bill ne manque pas de créer des messes basses ci et là. Il s'excuse rapidement, prétextant une panne de réveil. Des rires résonnent dans la salle. L'interview commence enfin. Le voilà dans son élément. Sourire aux objectifs. Répondre aux questions. Attirer l'attention sur lui, ou la dévier sur lui s'il sent que les questions ne tournent plus autour de lui...
Moi, c'est tout le contraire. Personne n'a remarqué mon arrivé tardive, en même temps que Bill. Personne ne me dit bonjour. Personne ne me sourit. Personne ne sait que j'existe et tout le monde s'enfout. Personne ne s'intéresse à moi, c'est vrai, il n'y a rien d'intéressant à savoir sur moi. Je ne m'en plains pas. Moi au moins, ma vie privée ne concerne pas les médias. Je ne suis pas épiée du regard par des dizaines et des dizaines de paparazzis. Je ne fais pas non plus l'objet de tant de convoitises... Non, je suis juste Laure. Petite fille de 18 ans à peine. N'ayant pas fait grand-chose de sa vie. Regrette d'avoir dit adieu à ses amis, sa famille, son avenir... Regrette de n'être qu'elle et pas quelqu'un de tellement mieux... Car mieux qu'elle, ça grouille les rues. Pas difficile de trouver mieux. Il n'y a pas pire qu'elle. Un modèle d'exaspération et du désespoir incarné : Laure. Faut pas chercher plus loin. Elle a toujours raté ce qu'elle entreprenait, et c'est loin d'être fini. La course au malheur, c'est la seule course qu'elle a toujours gagné première.
Rien ne sert de raconter ses misères. A moins que vous aussi voulez vous sentir dépressive sur les bords. Elle, elle l'est entièrement. Dommage qu'elle ait si peu confiance en elle. Car si elle se montrait un peu plus sûre d'elle, elle aurait bien du potentiel à revendre. Seulement, elle est trop faible pour pouvoir exprimer ses qualités. Elle ne fait que se dénigrer. Elle se fait pitié à elle-même. Elle se demande bien pourquoi certaines personnes s'attachent à elle. Elle aimerait tant leur crier la vérité ; qu'elle n'en vaut pas la peine. Que ce n'est pas la peine de se donner du mal pour tenter de la rendre heureuse. Ca ne marche jamais bien longtemps le bonheur. La garantie n'est pas éternelle, elle n'est qu'éphémère. Elle a voulu lâcher prise. On l'en a empêché. Laure, est toujours vivante physiquement. Mais moralement, elle se meurt chaque jour un peu plus. Laure, cette fille que personne ne veut comme amie car porteuse de trop de malheurs, c'est moi. J'ai des amis que je ne vois plus. Et c'est mieux pour eux.
Une lumière est venue à moi pourtant. Une lumière qui a fait naître un peu d'espoir dans mes yeux. Mais qui ne s'est pas fait prié pour une fois de plus me briser. Cette lumière aujourd'hui brille différemment. Elle brille avec, je l'espère, de la sincérité et de l'amour. Cette lumière, pour qui je prie qu'elle ne s'éteigne jamais, c'est Bill Kaulitz. Cet homme qui a su me rendre complètement dépendante de lui. Et qui me dégoûte parce que j'en suis devenu accro.
Bill, pourquoi je t'aime ? Bill, dis-moi plutôt pourquoi me fais-tu croire que tu m'aimes ? Il y a bien une raison ? Tu fais ça pourquoi ? Par bénévolat ou par pitié ? En quoi une fille comme moi, t'attire ? C'est un stupide pari avec Tom ? Voir combien de temps tu peux rester avec une fille qui au fond de toi te dégoûte ?
Faut vraiment que je consulte un psy... Je me joue des films toute seule. Je ne peux pas rester seule trop longtemps. Tout de suite je panique et doute de tout. Je ne peux pas rester comme ça...
Soudain, un mot sorti de la bouche de Bill me fit revenir à la réalité. « Petite amie ».
-Oui, en effet, aucun de nous n'a de petite amie. D'ailleurs parfois nous nous sentons un peu seuls, mais la musique reste notre centre d'intérêt premier. Aucune fille ne réussira à nous détourner de notre passion. Personne ne pourra nous séparer. Ca peut paraître macho mais en ce moment, si on devait choisir, la musique l'emporterait sur une relation amoureuse. Les amours passent et partent tandis que la musique reste toujours, même la mauvaise musique.
Des rires retentissent une fois de plus dans cette pièce. Je me lève discrètement, fixe Bill, croise son regard, le regarde profondément et sort de la pièce le plus rapidement possible pour cacher les larmes qui menacent déjà de couler. Bill quant à lui, baisse les yeux d'un air déçu... Ces mots, il aurait voulu ne pas avoir à les dire. Mais partagé entre la volonté d'entretenir sa relation avec Laure et l'obligation de la garder secrète au risque de mettre en péril sa popularité, il a été contraint, forcé de prononcer ces mots anodins pour certains mais blessants pour les personnes concernées.